01.

Victime d’une rupture d’onanisme, Fred avait le regard flou des bonheurs trop vite passés, les jambes baignant dans son jus. Cela faisait à peine trois minutes qu’il s’adonnait à une séance de voyeurisme en technicolor, à travers la fenêtre d’une chambre en vis-à-vis, et de ses jumelles de marin, et l’accident se produisit.

D’abord submergé par le flot d’endorphines bienfaitrices, puis rongé par un doute, il baissa les yeux sur le triste spectacle de son anatomie. Toutefois, nullement gêné, car habitué à ces déboires que lui faisaient subir sa névrose et sa main gauche, il procéda à un essorage sommaire, avant d’aller cueillir une canette de bière dans son mini bar réfrigéré.

Enfin rassasié de ses désirs, mais ne sachant plus bien où fini la réalité, quand commence l’affliction, il allait se connecter à son site favori de paris en ligne quand, de sa fenêtre il vit au pied de l’immeuble d’en face un mec larder un autre à coups de surin.

 D’un geste automatique il saisit la paire de jumelles, regrettant immédiatement son geste (« mauvais réflexe, mon gars » se dit-il), confirmé en cela par le regard de l’agresseur qu’il sentait déjà le menacer. Il était pourtant peinard, et voilà qu’il allait encore dracher des embrouilles en pagaille…

Voilà presque dix mois qu’il était en congé maladie. « Dépression » qu’ils répètent les toubibs, tous contents de fourrer un mot sur le vide qui le tiraillait, l’envie de lâcher prise au moindre trébuchage. Et des trébuchages quand t’es flic t’en prend plein les guiboles, plein les dents, plein l’âme.

Pourtant c’était un « bon élément » le Fred. Pas un coureur de médailles, le zèle à fleur de holster, non ; trop d’empathie peut-être, de lassitude aussi, pour un jeune lieutenant.

Mais bon, c’était loin tout ça, et le sbire en bas s’en foutait, tout ce qu’il savait c’est qu’un témoin refroidi vaut mieux qu’une cellule chauffée. Fred était conscient que ce soir il ne pourrait même pas faire face à un héroïnomane en manque. Le problème des anxiolytiques c’est qu’en plus d’endormir les réflexes, ça favorise plus la prise de poids qu’un menu de sumo.

…suite à venir…

DE L’AUTRE COTE DE MOI

De l’autre côté de moi, la journée, 

Y-a des gens qui s’battent et rient 

Et si beaucoup s’mettent en batterie 

Quelqu’un crie : « fusillez-moi c’est ma tournée ! ».  

De l’autre côté de moi, la nuit, 

Des somnambules en ébullition, chauffés à la vodka, 

Errent dans les rues sans savoir pourquoi 

Ils brûlent ainsi leur vie.   

De l’autre côté de moi c’est la débauche, 

C’est le repère des condamnés, 

Riches ou pauvres, tous exclus, des damnés, 

Qui ne craignent pas de passer l’arme à gauche. 

De l’autre côté de moi ? c’est proche, 

On entend d’ici le crépitement des armes 

Se mélant au chant des vaincus sans larmes, 

C’est là, y-a pas de frontières, approche…

SACRE BUTIN DE MORTEL

Elle est là, oppressante car trop présente ; rugissante car trop rougissante.

Autour de moi ! Elle est là autour de moi, bien visible dans le reflet des yeux mi-clos des corps des hommes au cœur épris de vengeances talion.

Elle est là, c’est son parfum qu’exhalent les condamnés dans leur dernier soupir, la narine refusant de respirer la douceur âpre des sous-bois en cette matinée d’automne.

Elle a semé un beau champ de décharnés, si beau que la Camarde va s’empresser de tous les faucher avant que la brume cotonneuse ne s’estompe.

Il ne s’agit pas de tendres victimes dont le seul repère sur leur sort est un petit point rougeâtre. Il ne s’agit pas du poignardé n’affichant qu’un timide rictus de douleur, je ne vois ici qu’un étalage de membres lacérés, de troncs éviscérés ; et il apparaîtrait presque joyeux cet homme avec son large sourire, si celui-ci ne révélait en fait une décapitation à la hâte juste au dessus du menton.

Je la vois se approcher au rythme tragique du PAN-vvloooom joué par les duos macabres de l’exécutant et des exécutés : le premier jouant du parabellum, et les seconds utilisant leur corps lourd tombant sur les feuilles qui amortissent et recueillent leur repos éternel.

Quelle scène ! et quel sang aussi, que les pluies d’automne diluent toute cette perte de vie dans la terre nourricière, vaste monstre qui se repaît aujourd’hui de la sève humaine.

Que fait-elle à me faire languir, pourquoi est-elle si longue à venir alors qu’elle est si proche et moi immobile, prosterné avec mes mains dans le dos ?

Que n’ais-je à attendre là ? le froid du sol qui, depuis semble-t-il un millénaire, me paralyse les genoux ? la chaleur de la poudre précédant la brûlure intense de l’acier s’enfonçant dans la chair tendre du cou ? la tiédeur irrésistible qui accompagne la chute finale ? 

En tournant la tête je la vois bien, la faux en bandoulière, elle a pris les traits de ce milicien aux yeux inondés de haine brûlante. Mon regard se fixe sur la fosse commune, cette tranchée qui n’est que le calice de nos fautes communes.

Elle est là à déflorer l’existence, et mon être à déplorer ses conséquences fatales.

Mais je tarde à céder mon âme à ces dieux incertains, ces blafardes icônes qui de leurs paradis ou leurs flammes vont me recueillir ; et je n’avais pas vu que cette vie, si calme et limpide aussi, était en fait mon propre poison…………..

LAMBEAUX DE BONHEUR

Et je me souviens de ces longues soirées passées avec toi, tous ces longs combats à couteaux tirés, où malgré les traits lassés je luttai contre ton indifférence !

À chaque charge je revenais, armé d’un sourire, d’un regard plus fort que le précédent, disputant le moindre retour ! Que n’ais-je fait ces nuits là pour ne gagner comme seules décorations, les joies prodiguées par tes baisers largement offerts du bout des doigts, où tes ongles rougissaient d’un vernis qui était mon sang. Tu t’souviens des coups de griffes qui te permettaient d’arracher par lambeaux tous mes espoirs de contact serein ?

  

Et quand tu me regardais de ta stature de pierre ? j’en aurais donné des coups de burin pour exposer ton cœur à la chaleur du soleil !

Hé ! je revois mon poing levé vers ta livide candeur, quel horrible obstacle à un si proche spectacle de bonheur !

Craignant me briser l’échine, je courais à perdre haleine vers d’autres combats, des bars où la tentation et mon insidieuse turpitude venaient réconforter mes peines. Là où se retrouvent tous les vieux soldats des nuits rageuses, le dernier repère des femmes désireuses et désirables !

  

À croire que tu avais blessé ma chair trop profondément, même le petit bout de femme qui se cramponnait amoureusement à sa chope, ne m’a adressé pour seul sourire qu’un rictus édenté où se mêlaient ivresse acérée et nausée refoulée…

Le sommeil lui-même se refusait à moi, j’ai dû le rejeter en trois verres de gin-temesta… il a pas résisté, et moi non plus : les parfums exotiques ça jamais été mon fort !

NOS DESTINS

NOS DESTINS     

Alors puisqu’il faut courir pour ne pas reculer,

En regardant partout à la fois, de tous les côtés,

Effrayés que l’on est de disparaître, comme ôtés

De ce monde, nul n’a le courage de vivre, d’hurler.

  

Envaselinés de frais, prêts à se faire enc…tuber,

Car trop fiers ou trop timorés pour oser boycotter

Des principes millénaires pour lesquels ont fauté

Tant et tant de semblables ont ainsi fini acculés.

  

Alors il reste le monde, rassasié de toutes ces présences

Qui s’y sont succédées, immense toupie infernale

Où le flot de sentiments est resté sans consistance.

  

Jouant à retourner nos vies, comme de simples cartes

En un poker menteur, réunies en vastes bacchanales,

Le chagrin, la haine et l’amour de nos joies s’écartent.

Le soleil

Il ressort de mes nuits, de mes songes,

Toute ma vie d’ennui, de mensonges,

Tandis que toi, mon cher et tendre soleil,

Tu es couché en ton écrin de vermeil.

   

Sans tes rayons à la douceur adorée,

Mes yeux sont aveugles et murés,

Incapables d’apprécier la beauté

Ou la haine, laissant la joie sabotée.

      

Bien sûr ma peau se souvient et espère

Recevoir de nouveau tes caresses ;

Tu es loin mais je te désire ma princesse.

   

Garde confiance, jamais ne désespère,

Il y a un proverbe pour avoir moins peur :

Loin des yeux mais toujours en ton cœur.

La recherche

Alors il ne sut comment tout se révéla,

Mais il s’était déjà vu ici à rêver là,

Droit, à fixer le soleil sans ciller,

Sans savoir ce qu’il aurait pu lui instiller.

   

Il aurait pu sortir sa vieille rengaine,

Mais à ce duel il n’était pas le premier qui dégaine,

Et l’astre lointain se jouait déjà à le dessécher,

A ce jeu il ne serait pas le dernier à se chercher.

    

Comment sortir vainqueur de cette torpeur

Sans se perdre et sans ressentir ni tort ni peur,

Si ce n’est accepter l’échec et se battre pour la gloire.

   

Il avait tenu prêtes ses armes, amour et raison,

Préparé pour son ennemi des tas d’oraisons,

Tout était là, paré pour sa propre victoire.

La vitrine des assoiffés

« Eh garçon ! un auuôtre et ça s’ra…euh… 

- ouais ce s’ra l’dernier avant le coma hérétique, hein ma pomme ?! 

- c’est ça, rij…rigole tien, file moi plutôt mon schotchhh……. » 

 C’est du fond du bar, calé depuis bientôt quatre heures dans la banquette capitonnée, que j’entends ainsi le dernier pilier encore capable de « parler » supplier son élixir à cirrhose à la tenancière gironde et complaisante. 

J’écluse moi-même ma cinquième ou  dix-huitième mousse, attendant au choix la fatigue, l’ivresse, ou la lassitude. C’est dans cet oasis de vie dans le désert de la nuit que j’ai crû bon trouver l’une de ces trois déesses pitoyables, adorées par les âmes en perdition, pour en oublier une bien pire : la solitude. 

Et pour une nuit qui ne sera peut-être pas la dernière, mettre toute raison entre parenthèses. 

Cette fille croisée dans la rue au détour d’un sourire, mille fois mes yeux l’ont vu passer la porte transparente et approcher, avant de la voir plonger dans la chope pour me dire : 

« Allez, bois encore un coup, c’était pas pour cette fois… ». 

Alors c’est toujours pareil quand c’est la lassitude qui se pointe : l’homme boit le verre, le verre boit la bouteille et la bouteille boit l’homme. Arriveront peut-être ainsi l’ivresse… ou la mort. 

Et les heures passent en tueuses imperturbables au rythme des verres, des visages ravivés ou ravagés de ceux qui les ont vidés avec avidité. 

Du fond du bar, les vagues lourdes gris-bleues des relents de tabac froid me persécutent l’ivresse, et blessent mon corps d’une odeur monotone ; tout suffocant et blême je sens venir mon heure… 

Somnolant contre la vitrine glacée, un gamin d’une douzaine d’années trouve sans doute un peu de répit dans sa fugue nocturne en ce lieu pourtant interdit, mais ouvert à tous les oubliés d’Orphée. 

Soudain les rayons de feu du jour naissant brûlent le rideau noir de la nuit, révélant la scène d’un nouvel acte qui se jouera jusqu’à la nouvelle entracte ; en attendant, le public, comme à son habitude, applaudira encore.

JE M’EN REMET, ODIEUX

Moi j’voulais rester là, parmi la masse des vivants, mais le destin vous fiche de ces mandales dans la gueule ; de ces vagues glacées qui, le dernier frisson d’effroi passé, vous envoient d’un coup un seul au fond. Mais j’ai coulé à pic comme une barque alourdie d’une chape de dégoût, toute une tonne d’espoir avarié, insipide et jamais consommé.

Moi j’voulais juste t’aimer, partager un bout de vie, ou même toute une existence, croire en toi ma belle, et en notre avenir. Pour ce qui reste du mien aujourd’hui…

Alors à quoi bon continuer de traîner des valises de regrets sur cette voie sans balises, s’il suffit juste d’une fois pour enfin tout stopper net sur un plongeon vers là-haut, alors peut-être n’y a-t-il que ça à pouvoir espérer sans se retrouver balayé.

Tout cet amour pour toi, entassé en moi et que je pensais te restituer, ne sera plus désormais qu’un bloc de métal froid et rouillé, là dans mon cœur. A défaut de pouvoir le retirer, de dépit je crois que c’est moi qui vais devoir m’ôter.

Morituri te salutant ma belle, et moi le premier…



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